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Haïti-Editorial

Afin que nul n’en ignore ou n’en prétexte ignorance !

Documentez allégations et accusations !

Publié le lundi 3 juin 2013

La convocation parlementaire autour de l’utilisation par l’Exécutif de fonds importants ne devrait pas se limiter à un simple exercice questions-réponses. Au-delà de cette formalité incontournable, le travail parlementaire, s’il est sérieux, doit consister en une collecte de données avant l’audition des responsables de l’Exécutif, et en une analyse approfondie de leur déposition par-devant l’assemblée.

Par la suite, des conclusions doivent être tirées et des résolutions prises. Car, la comédie des auditions sans aucune suite a trop duré. En dehors de quelques récentes résolutions prises après certaines auditions, on peut dire que la norme est jusqu’ici de réaliser des auditions de parade au cours desquelles les uns et les autres déversent leur bile sur le gouvernement et s’en vont chez eux, fiers et glorieux, avec le sentiment d’avoir fait œuvre qui vaille ou d’avoir fait son petit numéro !

La République n’a que faire de ces stériles et rocambolesques gesticulations !

En principe, le fait par des parlementaires de soulever des interrogations sur l’utilisation de fonds importants suppose que leurs doutes reposent sur des indices, pour ne pas dire des faits probants et qui justifient leur décision de convoquer le gouvernement. A défaut de publier les données dont ils disposent bien avant l’audition des concernés, ils devraient les avoir en main lors de celle-ci afin, tout au moins, de les opposer à celles que vont soumettre ces derniers à leur appréciation.

Pour être sérieux, les parlementaires devraient aussi se faire accompagner, lors de l’audition, de leurs conseillers techniques ou des consultants dont ils paient assez cher les services, afin de pouvoir bien appréhender les données qui leur seront communiquées. Le Premier ministre lui-même ne viendra pas par-devant eux sans avoir savamment construit son exposé en ayant recours aux compétences dont disposent à foison la primature. Ce sera affaire d’experts et malheur aux parlementaires non avertis qui n’auront pas la compétence requise pour déceler les éventuelles fausses vérités et, encore moins, les nuances et les subtilités.

Ces considérations amènent irrémédiablement à la conclusion que le travail du parlementaire va bien au-delà des sorties et des discours tonitruants et/ou intempestifs. Certes, il faut de la couleur aux postures, aux gestes comme aux prises de position politique. L’art de la rhétorique fera encore beaucoup de bien à la politique, ainsi que les slogans fielleux. Mais, dans le contexte actuel, avec une population exténuée et désespérée, on n’a que faire des beaux discours et des anathèmes creux. Si les parlementaires parlent de corruption, il faut au moins qu’ils se donnent les moyens d’étayer leurs dires en avançant des données convaincantes susceptibles d’édifier l’opinion. Trop d’allégations et/ou d’accusations à l’emporte pièce ! Il faut documenter les accusations de telles sortes que l’on sache finalement ce qui se passe. Le parlementaire ne peut pas, ne doit pas se payer le luxe de ne pas réaliser des investigations sérieuses et de publier les rapports y relatives. Là aussi, il faut sortir de l’oral pour atterrir, même à l’écrit.

Nombreux sont les ex-dilapidateurs de fonds publics qui ont bénéficié de l’oralité creuse des débats et qui, aujourd’hui, se refont facilement une image parmi nous. Il faut systématiquement investiguer et rédiger des rapports. Il faut que ce soit fait dans tous les domaines. Et là, ne pensons plus uniquement aux parlementaires. Les économistes ou leurs associations, les organismes de droits humains, les barreaux, les médias, les journalistes, tous ont à constamment réaliser des enquêtes, des investigations et à produire des rapports devant permettre une claire et juste compréhension des réalités que nous vivons.

Ailleurs - comme nous aimons tellement regarder ailleurs - c’est ainsi que cela se passe. Mettons-nous donc au travail dans tous les compartiments de la société afin de rendre les faits intelligibles et permettre à la population d’en avoir une meilleure connaissance pour des actions plus éclairées. Car, fort souvent, les gens sont catapultés dans des causes dont ils ignorent les tenants et les aboutissants. Le résultat est que, la plupart du temps, ils sont bernés. Ils réalisent fort tard qu’ils ont été manipulés, associés à des causes dont ils ignoraient la provenance et l’orientation. Il en est résulté une méfiance de la population et, tout à la fois, une inquiétante dépolitisation dont profitent allégrement les traditionnels secteurs anti-changement et les puissances impérialistes hostiles au principe de la souveraineté nationale.

Pour en revenir aux parlementaires, leur mission n’est pas que de discourir ou, encore moins, de hurler à tout bout de chant. Les responsabilités qui leur incombent leur font obligation de constituer un solide rempart du savoir et de la vérité concernant les affaires de la république. Car, c’est à eux qu’il revient, mieux qu’à nous autres de la presse ou d’autres secteurs, de renverser les barrières dressées ici et là face au droit à l’information consacré par la Constitution. Ils ont le pouvoir et le devoir d’exiger que les données, toutes les données, soient mises à leur disposition, afin qu’ils soient pleinement édifiés et puissent défendre valablement les intérêts du pays. En disant ceci, nous demeurons certainement lucides en tenant compte de la réalité, de l’existence des « parlementaires à genou ». Mais, nous les ignorons volontairement dans ces commentaires, en choisissant d’interpeller le PARLEMENTAIRE tel que nous le souhaitons, c’est-à-dire tel qu’il est défini dans la Constitution. Nous voulons y croire et sommes tout simplement déterminés à œuvrer en faveur de l’émergence de ce type de parlementaire. Il en existe certes quelques-uns aujourd’hui au parlement. Alors, qu’ils se fassent entendre à l’oral comme à l’écrit. Car, comme le dit le vieil adage, les paroles s’en vont, les écritures restent. Documentez les faits afin que, désormais, nul n’en ignore ou n’en prétexte ignorance !

Marvel Dandin