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Discours du Président du Sénat Haïtien Simon Dieuseul Desras

Selon le Président du Sénat, « deux siècles et quelques années plus tard, les Haïtiens reconnaissants n’ont pas oublié Robespierre, Danton et Sonthonax ». Le Président du Sénat de la République Simon Dieuseul Desras souligne ainsi les points de convergence entre la révolution Française et celle d’Haïti à l’occassion des célébrations du 14 Juillet à l’Ambassade de France en Haïti

Publié le dimanche 21 juillet 2013

M. Patrick Nicoloseau
Ambassadeur de France
M. le Premier Ministre
Mesdames Messieurs les Membres du Gouvernement et du Parlement
Mesdames Messieurs les Diplomates
Mesdames Messieurs les Hauts cadres de l’Etat
Mesdames Messieurs les Membres des Organisations internationales
Mesdames Messieurs les Membres du personnel de l’Ambassade de France

Distingués invités,

La France nous réunit ce 14 juillet autour d’un ensemble d’idées fulgurantes et de hauts faits qui ont changé la face du monde.
Nous vous souhaitons la bienvenue et une fructueuse mission en Haïti, Monsieur l’ambassadeur. Nous vous remercions de nous associer à cette célébration qui met en exergue la Prise de la Bastille, une action héroïque du peuple de Paris qui avait sonné le glas de l’absolutisme royal et d’un ordre mondial de domination, d’asservissement, d’exploitation et d’exclusion du peuple des roturiers… La déclaration des Droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 qui s’ensuivit, de portée universelle, prononcée par l’Assemblée Nationale Constituante, signifiait que désormais le pouvoir ne pouvait reposer sur le charisme, la puissance, la célébrité ou la naissance d’un homme mais sur la constitution, les principes et la loi… En voici quelques énoncés qui ont acquis la pérennité :

Art 1. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ; les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Art 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme ; ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression…

Art 16. Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution.

M. l’Ambassadeur,

Ces évènements qui chambardèrent la France au XVIIIe siècle eurent l’effet d’un séisme de grande magnitude sur le régime tortionnaire de Saint- Domingue dont nos ancêtres--- Le bois d’ébène du commerce triangulaire--- étaient les galériens…
Dès le mois d’aout 1791, sous l’autorité de Boukman, puis de Toussaint Louverture, les esclaves, nos pères, avaient brisé leurs chaines et campé une armée révolutionnaire avant même que la Convention jacobine ait proclamé la République et aboli l’esclavage.
Ce grand courant en faveur de la liberté, matérialisé par les Américains en 1776, par les Français en 1792, n’est devenu irréversible qu’en 1804, au triomphe de la révolution nègre, anticolonialiste et antiesclavagiste d’Haïti.

Deux siècles et quelques années plus tard, les Haïtiens reconnaissants n’ont pas oublié Robespierre, Danton et Sonthonax. Les Américains ne sauraient oublier l’action militaire de Savannah, ni la mission de La Fayette. Les Français, un peu tard, ont déposé les restes de Toussaint Louverture au Panthéon alors que l’Amérique latine ne cesse d’honorer Dessalines et Pétion comme l’Amérique anglo-saxonne vénère Jefferson et Lincoln au nom de la liberté et de l’égalité.

M. l’Ambassadeur, le monde libre dont le leadership haïtien a aidé à consolider les bases, n’a pas consenti, il me semble, le retour de balancier de la reconnaissance historique au titre de l’action méritoire…
La Coopération française peut s’enorgueillir d’avoir concouru à l’instruction de la société haïtienne par le biais de l’Ecole et L’Eglise mais a gardé ses distances vis-à-vis d’une histoire qualifiée d’impertinente. D’ailleurs, un seul Président français est venu, depuis 1804, visiter ce coin de terre qui fut « le plus beau fleuron de la couronne royale de France » à l’époque des colonies d’exploitation.
Néanmoins, les Haïtiens et les Haïtiennes se sont longtemps amourachés de l’histoire, de la langue et de la littérature françaises. Ils ont fait, leurs, toutes les grandes idées politiques, sociales, culturelles véhiculées en France et susceptibles d’alimenter et de conforter leurs rêves de liberté et d’égalité

Ils admirent les figures qui ont magnifié le siècle des lumières comme Montesquieu, le théoricien de la séparation des pouvoirs et de l’esprit des lois… Voltaire, le dilettante, second dans tous les genres et Rousseau le philosophe qui s’est illustré dans l’éducation par « l’Emile », dans la recherche du bonheur par « la théorie du bon sauvage » et dans l’organisation socio- politique par « le Contrat social. »

Selon Rousseau « l’homme est né libre et partout il est dans les fers… A l’injuste contrat où le fort a subjugué le faible, il faut substituer un nouveau contrat social qui assure à chaque citoyen la protection de la communauté et lui rende les avantages de la liberté et de l’égalité. »
Les haïtiens peuvent aisément disserter sur ces auteurs ainsi que sur Lamartine, Vigny et notamment Victor Hugo dont ils ressassent les strophes de : « Oceano NOX » et celles des poèmes de la « légende des siècles »Pourtant, ils font la différence entre le littéraire et le politique dans leur appréciation de la présence française en Haïti.
M. l’Ambassadeur, nous saluons le dynamisme de votre prédécesseur qui, dans une lettre de fin de mission, avait démontré sa maitrise de la réalité socio-politique haïtienne et esquissé les perspectives de l’action diplomatique de la France… dont le suivi vous échet si toutefois cette ligne sied à votre Mission.

Nous applaudissons, à travers l’Union Européenne, une coopération substantielle et une diplomatie policée et dextre qui honorent les pays au nom desquels elle agit… dont la France.
Nous espérons, Monsieur l’Ambassadeur que vous allez promptement vous mettre à l’œuvre pour rendre la France présente, vivante, agissante en Haïti dans ce qu’elle représente le mieux pour nos compatriotes : l’Ordre républicain et les mécanismes de sa consolidation. La France, aux côtés des grands amis d’Haïti, supporteurs avérés de la démocratie, se positionnera, à coup sûr, pour que les élections sénatoriales et des collectivités territoriales soient réalisées, par le Pouvoir en place, avant la fin de l’année 2013, pour éviter le chaos institutionnel et décourager la tentation autoritaire.

Nous nous joignons, M. l’Ambassadeur, à tous ceux, toutes celles qui ont appris à connaitre et à apprécier la France, cette patrie des valeurs impérissables symbolisées par les lumières, les droits de l’homme, la démocratie, les savoirs et l’expertise, pour offrir un bouquet de fête, à l’image d’une flamme inextinguible, au Peuple Français et à ses Dirigeants.
Nous saisissons l’aubaine que représente l’instant présent pour vous souhaiter, M. l’Ambassadeur, tout le bonheur possible dans cette ambiance de joie mythique qui éclaire la face immortelle de la France

BONNE FETE à tous et à toutes
Simon Dieuseul Desras
Président du Sénat de la République.