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Haïti-Editorial

Martelly, sur des sentiers battus…

Les "Tèt Kale" plus habiles que les autres apprentis sorciers ?

Publié le vendredi 9 août 2013

Le pouvoir « Tèt Kale » se durcit. Par le discours et par les actes.

Le chef de l’Etat, Michel Joseph Martelly, fustige de plus en plus l’opposition et la presse. « Ceux qui vous font descendre dans la rue pour manifester sont des spoliateurs de terrains, des voleurs de bétail / / Ce n’est pas par le « parler tintin » (paroles creuses) dans les espaces « invité du jour » des radios que le problème de la cherté de la vie sera résolu. » La dernière attaque, et pas la moindre, est celle du Carnaval lorsque M. Martelly a lâché tout de go que Mme Mirlande Hyppolite Manigat (RDNP), son ex-rivale aux élections, est impliquée dans un coup d’Etat contre lui.

Au discours se mêlent les actes :

- Des pressions contre un magistrat en charge du dossier de corruption présumée de l’épouse et du chef de l’Etat ; à L’Estère (Artibonite), le 17 juillet, la police, aidée des casques bleus de l’ONU, disperse brutalement une manifestation de protestation contre la mort suspecte du juge Jean Serge Joseph. Bilan : 3 morts et plusieurs blessés. Le juge Jean Serge Joseph s’était permis, le 2 juillet, de convoquer les hauts dignitaires du régime dans le cadre du dossier de corruption des membres de la famille présidentielle, dénoncés par le citoyen Enol Florestal, ayant pour avocats, entre autres, Mes Newton St-Juste et André Michel.

- Brutale répression policière d’une manifestation pacifique anti-gouvernementale à Plaisance du Nord (21 juillet) au cours de laquelle des sbires d’un vice-délégué ont ouvert le feu en direction du sénateur anti-Martelly Moïse Jean Charles ; un député pro-gouvernemental révèle un « projet d’attentat » contre la personne du chef de l’Etat par le sénateur de l’opposition et le délégué départemental du Nord, Ardouin Zéphirin qui reste, bizarrement, à son poste. Le chef de l’Etat, théoriquement en danger, s’expose avec désinvolture dans les rues et sur les podiums officiels à Plaisance.

- Déclenchement d’une « action punitive » contre Me André Michel, contraint à se mettre à couvert. Il est accusé, avec Enol Florestal et son frère Josué Florestal, d’implication dans un meurtre dont la police reconnait pourtant être l’auteur. Le 26 juillet : Me André Michel, opposant notoire, a failli être appréhendé dans son cabinet par un certain Lamarre Bélizaire, qu’on dit être un juge illégalement nommé.

- Le même jour, la police remorque et confisque « manu militari » un « sound truck » appartenant à l’entreprise « Gary Pub » qui avait assuré, dans la matinée, la sonorisation d’une manifestation pacifique anti-gouvernementale et pro-Lavalas, à Port-au-Prince.

- Après avoir été interdit au Carnaval du Cap-Haïtien, en février dernier, le groupe Brothers Posse a été exclu du Carnaval des fleurs (28, 29 et 30 juillet) en raison de sa mérengue « A Loral » fortement anti-gouvernementale.

Autant les discours que les actes de ces derniers jours inquiètent au plus haut point. Martelly et consorts devraient-ils réussir là où nombre de leurs prédécesseurs ont échoué ? Le rétablissement de la dictature est-il plus réalisable aujourd’hui qu’hier ? L’occupant et les « pays amis » s’accommoderaient-ils davantage d’un régime « bout di » que de la démocratie de façade dans laquelle évolue le pays depuis quelque temps ?

Marvel Dandin