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Haïti-Débat

La « backwardation » d’Haïti : De l’occupation de 1915 aux carnavals de Martelly (3 de 3), par Leslie Péan, 30 juillet 2013

Publié le mardi 13 août 2013

Les Haïtiens inscrits sur la liste rouge dressée par le Département du Trésor américain en 1993 se sont vite conformés pour ne pas avoir à subir d’autres foudres encore plus grandes de Washington. D’autant plus qu’ils se sont rendu compte que le temps de l’apéro a été vite raccourci. En effet, le Département du Trésor américain a vite inclus au menu de la liste des Personnes Spécialement Désignées (SDP en anglais) (I) tous les officiers de l’Armée, à partir du grade de lieutenant. Les bras étaient donc tordus en vue de la capitulation totale. Autant comprendre que les Américains n’ont pas d’amis éternels et qu’ils peuvent se retourner n’importe quand, contre n’importe qui, même leurs propres agents. Le cas du général Noriega au Panama n’est pas loin.

D’éviction en éviction, des militaires à Aristide, puis de nouveau d’Aristide à d’autres militaires, la servitude volontaire est consacrée. La dérive actuelle vient justement de la perversité de la mutation opérée dans le discours lavalasse à travers son recours aux Forces Armées américaines pour reconquérir le pouvoir. Le paradoxe lavalasse devient éclatant et fait des ravages dans la jeunesse. L’équivoque du recours à l’impérialisme américain pour reprendre le pouvoir est embarrassant et endeuille les esprits. Tout le discours anti-impérialiste est considéré comme de la démagogie, du toc, et on n’est plus à l’aise pour contester les politiques antipopulaires qui habitent les élites haïtiennes depuis 1804. Le remède s’est révélé pire que le mal pour panser les plaies du coup d’État de 1991. La partie a dérouté le tout. La perspective de la reprise du pouvoir par le mouvement lavalasse s’est faite au détriment du mouvement d’ensemble d’affranchissement d’Haïti de la tutelle impérialiste.

Les luttes intestines haïtiennes ont emprunté les chemins qui ne pouvaient mener nulle part, sinon à la nouvelle occupation étrangère de 1994, reprise et renforcée en 2004 et qui dure depuis lors. Des centaines de millions de dollars ont été gaspillés, dérobés autant par des entreprises à la solde du Parti démocrate que du Parti républicain. D’une part, c’est le cas avec l’entreprise Fusion (II) contrôlée par les démocrates Marvin Rosen, Thomas “Mack” McLarty, Gov. Ray Mabus et Joseph P. Kennedy II. D’autre part, c’est la compagnie IDT contrôlée par les Républicains James Courter, Rudy Boschwitz, James S. Gilmore III, Thomas Slade Gorton III, Jack Kemp et Jeane Kirkpatrick (III). Les Haïtiens ont tout perdu et sont sortis Grosjean comme devant, totalement désorientés. Dans le chassé-croisé des perdants et des vainqueurs, le pays est démoli, ce qui ouvre la voie à Michel Joseph Martelly dans le dédale des décombres. Le pi ta pi tris de la « backwardation » continue.

Le dernier carnaval de la bande à Martelly ?

En ce sens, les cinq carnavals organisés par le président Michel Martelly depuis sa prise de pouvoir le 14 mai 2011 sont des emplâtres sur de mauvaises jambes de bois. Nous en avions déjà parlé dans « La politique du carnaval (IV) » et « Du feu brûle sous la volonté apparente de s’amuser et d’amuser (V) », deux articles publiés respectivement dans Alterpresse et Radio Kiskeya. Le président Martelly aura beau faire, les carnavals ne peuvent pas rafraîchir les façades d’une maison en ruines. Bien sûr, il pourra toujours être la vedette des bals carnavalesques et chanter avec Tabou Combo, continuant à se singulariser dans son seul domaine de compétence, le spectacle. Mais les exigences de larges couches de la population sont ailleurs. Pas dans la musique et la danse. Un pourcentage non négligeable d’Haïtiens veulent exprimer leur identité d’une autre manière que dans le virerin.

Haïti a atteint un tel degré de déchéance qu’elle ne peut retrouver un minimum de crédibilité et de confiance en elle-même sans une remise en question de la culture de calbindage et de kale wès. Ainsi le recours aux carnavals ne peut être un outil de communication, encore moins l’affirmation d’une politique culturelle. Au contraire, cette démarche dévalorise Haïti en démontrant que ses dirigeants n’ont rien à dire et rien à faire au-delà de la bamboche. Malgré la persistance de l’épidémie de choléra. Beaucoup de gens en Haïti refusent d’utiliser leur cerveau pour établir un ordre de priorités, affirmant que dans ce pays, tout est prioritaire ! Martelly a repris à sa façon le principe du révolutionnaire français Danton qui veut que pour réussir il faut « de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ». Martelly applique le principe de l’audace en croyant que ses pratiques libertines peuvent mobiliser la jeunesse dans le dévoiement et vaincre une opposition perçue comme puritaine et austère.

Au fait, l’indécence du gouvernement Martelly augmente au point que celui-ci est devenu gênant même pour ses protecteurs étrangers. Certains diplomates estiment que le degré de saturation est atteint et qu’une remise en question est nécessaire avant qu’il ne soit trop tard. L’essoufflement est dangereux pour la survie globale du système. Trois carnavals par an (Jacmel, Cap-Haitien et Port-au-Prince en 2013) n’arrivent pas à écarter la menace de la pourriture actuelle. Il importe d’éviter une explosion par le maintien de l’ordre autour d’un autre compromis. Les pratiques délirantes du gouvernement actuel ont mis à nu le stade infantile de l’État marron et sapé ce qui lui restait de crédibilité. Des partenaires moins « compromettants » doivent être trouvés d’urgence. Plus on attend, plus s’accroit le risque de la prise de conscience qui fera sortir Haïti de sa situation de postcolonie. Avec des politiques axées sur les véritables intérêts du peuple.

Le gouvernement de la bande à Martelly se caractérise fondamentalement par des dépenses somptuaires et une folie des grandeurs. Folie clinique qui se retrouve chez la plupart des chefs d’État haïtiens. Mais, dans ce cas précis, la situation est plus critique. Surtout dans le chemin des lendemains de carnaval. Le problème du carnaval à la Martelly est qu’il s’agit d’un genre qui fait progressivement peur au point de provoquer le mépris. Le carnaval des fleurs de 2013 a notamment pour but de provoquer l’amnésie sur l’agression américaine du 28 juillet 1915 et sur le crime du juge Jean Serge Joseph et de faire oublier l’existence de la justice. Les scandales s’enchaînent dans le gouvernement d’épouvante de Martelly. On est plongé dans la jungle sordide des mauvais coups et on s’enfonce dans le dégoût. La dépravation s’allie au cynisme. L’enquête avance pour démêler l’écheveau de l’agression subie par le juge Jean Serge Joseph. Les mécanismes de la passion du pouvoir constituent l’arme de l’apocalypse orchestrée contre le juge, une arme forgée par et pour des malades qui ont l’ivresse de commander pour détruire la vie humaine.

La mort du juge a été un choc et depuis, une contagieuse indignation se propage dans de larges couches de la société. Nous savons l’essentiel dans l’assassinat du juge Jean Serge Joseph. Il n’y a ni suspense ni progression dans l’effet. Dès le lendemain du crime, autant le sénateur Moise Jean Charles que Me Samuel Madistin ont pointé du doigt les coupables. Ce qui se fait depuis lors, c’est la démonstration de leurs affirmations. Qui nous semblent plausibles, car les symptômes du juge Jean Serge Joseph n’avaient rien à voir avec un accident vasculaire cérébral (AVC). Trop plausibles pour ne pas inquiéter les plus hauts sommets du pouvoir. Ce n’est que douze jours après le meurtre que le Parquet du tribunal civil lance son enquête.

Dans les décombres de l’Occupation

La tardive enquête du Parquet vise-t-elle à trouver des moyens pour innocenter les vrais coupables en envoyant des exécutants au bûcher ? Est-ce une manœuvre pour incriminer certains barons qui seront arrêtés, puis emprisonnés avant d’être libérés en douce ? Les cicatrices sont trop profondes sur les visages des gros notables pour tenter cette mascarade cruelle. On ne saurait accuser le doyen Raymond Jean Michel ou Gary Lissade ou l’hôpital Bernard Mevs d’avoir fait isolément ou collectivement ce montage scandaleux. Cette stratégie d’appoint est illusoire. C’est une bataille perdue d’avance. Le dossier est secret, mais il n’a rien d’occulte. Et il est vraiment trop tard pour accuser des seconds couteaux parmi les ministres et potentats présents à cette rencontre du 11 juillet afin de sauver les têtes du Président et du Premier ministre. Comme je l’ai fait ressortir amplement dans « Affaire du juge Joseph : une question à la question (VI) », le fait par le pouvoir de nier la tenue de cette réunion du 11 juillet implique qu’il s’acharne à occulter quelque chose de grave qui logiquement ne pourrait être que le crime.

Si l’on considère comme sondage d’opinion même grossier les interventions du public dans les radios de la capitale, on ne peut que relever leur actuelle concordance en ce qui concerne la culpabilité du pouvoir dans la mort du juge Jean Serge Joseph. Le pronostic fait donc l’unanimité parmi les intervenants. Au fait, la disparition du juge ne résout pas le problème de corruption reproché à l’épouse et au fils du président. Au contraire, il le complique et ouvre la possibilité d’une remise en cause d’un système de tueurs et d’assassins.

L’occupation américaine a produit la destruction systématique d’Haïti depuis près d’un siècle. Elle a surtout mis sur le haut du pavé une classe politique de formation bancale caractérisée par des déperditions graves de savoir, des pratiques de corruption enracinées dans le gain facile, et une sous-pensée liée à la mauvaise foi. Sur ce dernier point, il importe de souligner que nombre de pratiques délétères enregistrées dans le centenaire commençant en 1915 sont faites en connaissance de cause. Dans la même lignée que celles des expériences réalisées sur des détenus afro-américains (VII) par des scientifiques à la solde de l’État américain. Ou encore celles des essais nucléaires américains réalisés à partir de 1954 aux îles Marshall « pour le bien de l’humanité », empoisonnant la végétation et irradiant les populations. Les spécialistes s’entendent pour considérer ces essais nucléaires comme équivalant aux dégâts que causerait une bombe atomique larguée tous les jours sur le territoire en question pendant douze ans (VIII). Il y a donc des malfaiteurs qui commettent des crimes en toute conscience pour défendre certains intérêts spécifiques à partir de logiques particulières.

Danser le carnaval sur la tombe de Charlemagne Péralte

Les problèmes d’Haïti sont d’une telle ampleur qu’aucun groupe ne peut trouver tout seul de solutions durables au redémarrage national. De manière générale, notre pays vit la situation carnavalesque réactionnaire d’une intense clochardisation dans tous les domaines. Il existe une volonté manifeste de mystifier systématiquement la population en lui enlevant toute lucidité. Il s’ensuit une déception généralisée, une confusion sans pareille. Nous évoluons dans la pagaille avec une forte tendance à appliquer la politique de l’autruche, comme celle consistant à organiser des carnavals en espérant ainsi détourner le peuple de ses vraies préoccupations. Comme le dit le philosophe Frege « On ne doit jamais oublier qu’une proposition ne cesse pas plus d’être vraie quand je n’y pense pas, que le soleil n’est anéanti quand je ferme les yeux » (IX).

La politique est carnavalesque en ce sens qu’elle est une farce pour tenter de désamorcer les agressivités ou de leur enlever leur côté subversif. Cela va jusqu’au trafic des idéaux nationaux tels que la résistance à l’agression américaine de 1915. La vision des choses qui se dégage du carnaval organisé par le gouvernement Martelly, en dépit de la protestation des intellectuels haïtiens, est comme celle d’une gifle personnelle de ce pouvoir à chaque Haïtien. C’est assassiner à nouveau Charlemagne Péralte et danser sur sa tombe. Pendant qu’on danse aussi sur celle du juge Jean Serge Joseph. Avec les rythmes de l’errance faisant tourner le commun des mortels dans une transe de vertige, d’immobilité, de vagabondage, de drogue, de sauvagerie et de mort. À moins d’être irresponsable, seule une connaissance sommaire de l’histoire d’Haïti peut expliquer un tel sacrilège. C’est la remise en cause de toutes les luttes héroïques des cinquante dernières années. Il convient d’enregistrer ce recul et de faire « une anthropologie de ce désenchantement aussi massif aujourd’hui que la ferveur contagieuse d’hier (X). »

Nous continuons d’agir au cours des ans en refaisant les mêmes erreurs d’incohérence et de stupidité qui portent les gens sensés à se demander si nous sommes des personnes douées de bon sens, des animaux rationnels, comme le veut le philosophe américain Donald Davidson (XI). Car, nous intervenons comme si nous étions dénués de la moindre intelligence. On pourrait dire que nous œuvrons uniquement en fonction de nos désirs sans tenir compte de la connaissance et des expériences accumulées avant nous. En effet, mettez des trappes pour attirer des animaux et même ces derniers les contourneront après avoir vu un des leurs se faire prendre. Pourtant, nous continuons de tomber systématiquement dans le piège du pouvoir en faisant les mêmes erreurs que nos aînés.

Nous persévérons dans l’incohérence et refusons d’apprendre des erreurs des autres. Quelque chose ne marche pas. Soit que nous n’avons pas les facultés élémentaires de discernement et nous sommes de parfaits idiots. Soit que nous sommes mus par une philosophie profondément superstitieuse et par des croyances vraies qui conduisent toujours dans des impasses. Dans un tel contexte, la mentalité magique nous fait croire que nous pouvons continuer avec les mêmes pratiques aberrantes et réussir là où tous les autres ont échoué. De là à attribuer les erreurs massives que nous commettons à une combinaison de ces deux hypothèses, il n’y a qu’un pas. Qui renvoie aux « questions mortelles » de Thomas Nagel (XII) tournant autour de la conscience, de l’état mental et de la subjectivité.

Une révolution contre l’exploitation de l’ignorance du peuple

La société haïtienne ne démarre pas derrière un voile d’ignorance comme le veut le contrat social de John Rawls (XIII). Les principes qui prévalent sont ceux de l’injustice, consacrés dans la répartition des pouvoirs publics. Ils sont également inscrits, entre 1825 et 1827, après 22 ans d’indépendance, dans les Codes Civil, Pénal, Rural, d’Instruction criminelle, de Procédure civile, de Commerce, etc. consacrant les formes de gouvernement et de coopération sociale. Ce sont les règles du jeu, le mur de fondation supportant toute la maison. Tout au cours du 19e siècle, ce sont ces fameux codes qui ont empêché aux paysans de faire du commerce ou de venir en ville.

C’est le Code de Commerce de 1827 dans son article 37 qui fait dépendre de l’autorisation du Président de la république la création d’une société commerciale. Chambres de commerce, agents de change et courtiers ne peuvent se réunir que sous l’autorité du Président de la république (article 71) qui les nomme à leur poste (article 75). Notre pays fonctionne avec l’armature juridique élaborée sous le gouvernement de Boyer entre 1825 et 1827. En effet, c’est à partir de l’article 400 du Code d’Instruction Criminelle de 1985, reproduction de l’article 407 du Code d’Instruction Criminelle de 1826, que le juge Jean Serge Joseph avait été obligé de demander l’autorisation du Président de la république pour convoquer des hauts fonctionnaires publics. Et quand il a refusé d’annuler son ordonnance, il a été assassiné.

La diaspora est appelée à contribuer au déblocage de la pensée dans le mouvement qui dit dans le savoureux créole haïtien que Tèt vouayaje pi vit pase kò (la pensée de celui qui voyage va plus vite que son corps). Un voyage qui force à penser l’impensé pour arrêter la venue prochaine de la mort qu’annonce Jacques Roumain à l’ouverture de Gouverneurs de la rosée : « Nous mourrons tous… nous mourrons tous : les bêtes, les plantes, les chrétiens vivants… ». Une pensée pour indiquer la route du changement vers la vie et le savoir en disant Chimen long pa janm tiye mèt li (Quand on a choisi sa route, elle n’est jamais longue). En utilisant un large dispositif de traduction en créole confirmant les mots de Hans Gadamer que « chaque langue a la possibilité de tout dire » (XIV).

Les sacrilèges du pouvoir de Martelly

Depuis sa création, Haïti est confrontée à la dette et à la mauvaise gestion de ses ressources matérielles et humaines couplées à un déni de la raison. Une mauvaise économie se développe au sein d’un corpus de valeurs niant toute compréhension au monde environnant. L’économie de rente, caractérisée par les revenus provenant de la rente agricole, de la rente des braceros, de la rente des entreprises publiques et enfin de la rente des transferts de la diaspora, a atteint ses limites. À long terme, ce mode économique de la rente du pouvoir d’État ne peut en aucune façon contribuer à la productivité. La « classe politique de pouvoir d’État » ne produit pas de valeur ajoutée. Elle ne fait qu’utiliser les richesses sans les créer. Un mouvement de sursaut national est nécessaire pour sortir de ce cercle vicieux combinant absence de justice et d’efficacité. Ce sursaut nécessite une révolution contre l’exploitation de la « classe politique de pouvoir d’État » mais aussi et surtout une révolution contre l’exploitation de l’ignorance du peuple. Sur ce dernier point, on ne peut qu’insister, car toute une frange du conservatisme social dans les classes moyennes repose sur l’amalgame encouragé par les coquins et invitant à marcher à reculons avec le peuple en appuyant le statu quo et en s’opposant à tout changement.

Les forces réactionnaires ont démontré leur capacité d’action en massacrant sans hésiter les partisans du changement. La liste est longue, de Jean Dominique au juge Jean Serge Joseph. Tout en livrant une guerre aux démocrates en les éliminant physiquement un à un de manière systématique, ces forces rétrogrades s’organisent pour se perpétuer au pouvoir. Peine perdue. Tourments. Désarroi. Peut-être. Les bandits légaux ne pourront jamais poignarder une certitude. Comme le disait Virgile dans l’Énéide, Mobilitate viget, la spirale du changement prend de la vigueur par son mouvement même et acquiert des forces en marchant. Alors, elle fera sa mutation en arc-en-ciel, produisant sa brèche dans le rituel du mal que nous charrions depuis deux siècles. Une brèche pour lézarder et détruire cet édifice satanique qui se manifeste avec la mort du juge Jean Serge Joseph. Une malédiction que nous voyons quotidiennement et qu’on veut nous faire taire à coups de carnaval.

On ne saurait nier le succès apparent des carnavals de Martelly. Toutefois, le sacrilège d’un carnaval débutant le 28 juillet 2013, date d’anniversaire du débarquement des marines en 1915, a provoqué une saine réaction de la part des démocrates qui ont organisé à travers le pays huit rencontres avec les jeunes autour de la mémoire de ce tragique évènement. Des échanges pour honorer la mémoire des Joseph Pierre Sully, Charlemagne Péralte et autres combattants de la liberté qui ont dit NON à l’occupation. Des réunions pour préparer les moyens pour mettre à la porte avant le 28 juillet 2014 ces forces d’occupation appelées aujourd’hui MINUSTAH qui tuent les Haïtiens depuis un siècle. Les formes de manifestation sont à inventer pour protester quotidiennement contre l’occupation armée de la MINUSTAH qui a fait plus de 9 000 morts à travers le pays avec l’épidémie de choléra.

Le calendrier des activités peut commencer par la tenue de conférences, la production de livres et de chansons, des interventions à la radio, mais il doit aussi inclure des grèves, sit-in, manifestations publiques, journées de protestation, grèves de la faim, etc. Ces actions peuvent être entreprises pacifiquement dans le cadre d’un rythme et d’une programmation systématique à travers le pays. Elles ne peuvent que favoriser d’autres éveils et favoriser d’autres conduites. Il importe de s’agripper au rêve de l’indépendance nationale pour continuer cette quête constante de liberté. Contre la densité du vide que veut installer le gouvernement tèt kale dans les consciences, restons accrochés à la blessure du 28 juillet 1915. Comme un fruit qui tombe d’une branche gonflée de souvenances.

Leslie Péan

Notes

(I) Office of Foreign Assets Control (OFAC), Listing of Specially Designated Nationals and Blocked Entities since December 7, 1993, Deprtment of the Treasury, Washington, 1994.

(I) Office of Foreign Assets Control (OFAC), Listing of Specially Designated Nationals and Blocked Entities since December 7, 1993, Deprtment of the Treasury, Washington, 1994.

(II) Mary O’Grady, « The looting of Haiti Teleco », Wall Street Journal, December 3, 2012. Lire aussi Maria Anastasia O’Grady, « What Haiti Can Teach Us About Honduras, After Clinton backed Aristide, key Democrats went into business with the Haitian », Wall Street Journal, August 3, 2009.

(III) Lucy Komisar , « Top republicans quit amidst US/Haitian bribery scandal », Caribbean 360, November 6, 2006. Lire aussi Lucy Komisar, « The dishonesty of WSJ columnist Mary O’Grady », The Komisar Scoop, March 12, 2012.

(IV)Leslie Péan, « La politique du carnaval », Alterpresse, 1er février 2012.

(V) Leslie Péan, « Du feu brûle sous la volonté apparente de s’amuser et d’amuser », Radio Kiskeya, 7 février 2013.

(VI) Leslie Péan, « Affaire du juge Joseph : une question à la question », Alterpresse, 22 juillet 2013.

(VII) Avital Ronell, Test drive. La passion de l’épreuve, Paris, Stock, 2009, p. 86.

(VIII) Fabienne Lips-Dumas, « 7000 Hiroshima », Revue XXI, Juillet-Août-Septembre 2009.

(IX) Gottlob Frege, Les fondements de l’arithmétique, Paris, Seuil, 1969, p. 119.

(X) Hérard Jadotte, Le Carnaval de la Révolution, P-au-P, Éditions Fardin, 2005, p. 171.

(XI) Donald Davidson, Essays on action and events, Oxford University Press, 1986, p. 221.

(XII) Thomas Nagel, Questions mortelles, Paris, PUF, 1983.

(XIII) John Rawls, Théorie de la justice, Paris, Le Seuil, 1987, p. 37.

(XIV)Hans G. Gadamer, L’art de comprendre, Paris, Aubier Montaigne, 1982, p. 45.

À lire également :
La « backwardation » d’Haïti : De l’occupation de 1915 aux carnavals de Martelly (2 de 3), par Leslie Péan, 29 juillet 2013

La « backwardation » d’Haïti : De l’occupation de 1915 aux carnavals de Martelly (1 de 3), par Leslie Péan, 28 juillet 2013