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Haïti-Politique

Rencontre MARTELLY/KONTRAPEPLA, le mardi 8 octobre 2013 : Memorandum transmis par ce parti au chef de l’Etat

Publié le mardi 8 octobre 2013

MEMORANDUM ADRESSÉ AU PRÉSIDENT MICHEL MARTELLY
PAR LE BUREAU EXÉCUTIF DU PARTI KONTRAPEPLA
À L’OCCASION DE LA RENCONTRE DU 8 OCTOBRE 2013.

Tout en saluant la courageuse initiative du président Michel Martelly de rencontrer diverses entités de la classe politique, d’emblée il nous faut reconnaître que le pays est engagé dans une voie sans issue et s’enfonce davantage dans la misère, la désolation, la honte et l’avilissement. Sans interroger la bonne foi des uns et des autres, l’évidence est que nous sommes en train de rejouer le même scénario macabre qui depuis quelques décennies et hier encore nous a conduits à la ruine politique et sociale et à l’imbroglio que nous connaissons aujourd’hui.

Les clignotants ne sont même plus au rouge, ils sont carrément éteints pour signifier la désespérance et la désolation de la population, du pays, de la nation. Face à l’énormité des défis aggravés par la catastrophe du 12 janvier, les maigres efforts réalisés sont pour le moins dérisoires, tant la tâche qui nécessite la mobilisation de toutes les énergies pour tenter un relèvement collectif est immense.

En lieu et place de cela à quoi assistons-nous ?

À une démarche clanique pour ne pas dire sectaire, à des querelles intestines sans grandeur, des chicaneries politiques infantiles, des tracasseries inutiles, comme s’il s’agissait de distraire les consciences citoyennes pour achever dans l’ombre la liquidation du patrimoine national. En effet, ce masochisme politique qui nous tient lieu d’art de gouverner est en fait un écran de fumée qui cache mal un agenda macabre. Au moment où il s’avoue que le « pays le plus pauvre de l’hémisphère » regorge de ressources stratégiques et de richesses de toutes sortes, la politique-spectacle que nous qualifions de démocratie, tourne en une véritable mascarade sans masque ou le burlesque le discute au tragique. C’eut été amusant si cette ‘’ bamboche démocratique’’, muée en démocratie carnavalesque, à l’ombre des forces militaires internationales et des bienfaiteurs humanitaires, n’était en train d’hypothéquer l’avenir et ruiner la vie de générations entières.

Est-ce l’impotence politique et la honte collective mal sublimées face à la présence avilissante des troupes d’occupation et l’arrogance sans bornes des tuteurs étrangers qui s’expriment de cette manière ?

Le bon sens est en effet défié par l’inconscience et l’inconsistance des dirigeants politiques qui s’acharnent à chaque mandat présidentiel à retomber dans le même piège. D’un côté ceux qui se laissent pousser à jouer au vilain dictateur par ceux-là même qui n’hésiteront pas à les traîner devant la Cour pénale internationale une fois le sale boulot achevé. De l’autre, les démocrates de service qui font de la peur du fantôme, l’essentiel de leur agenda politique, tentant d’entraîner dans leur aventure des patriotes sincères mais à la mémoire trop courte et à la vigilance vacillante, pendant que la nation à reconstruire continue de sombrer dans la quasi indifférence générale.
Enfermés dans de faux clivages, Makout/Chimè. Duvaliéristes/Lavalas, Ti nwa/Ti wouj, Demokrat /Diktatè, qui ne servent qu’à accentuer l’émiettement du tissu social déjà en lambeaux, nous nous interdisons toute vision d’avenir ni même de stratégie de court et moyen terme pour faire face aux défis qui s’accumulent. Or sans une concentration de tous, sans démagogie politique, sur les grandes priorités que constituent la réduction de la misère, le sauvetage de l’environnement, la reconquête de notre souveraineté, et un accord sur un plan de relèvement national, nous resterons enfermés dans le cercle vicieux de la « démocratie humanitaire » qui substitue à la mobilisation nationale des querelles électoralistes, pour entretenir l’instabilité chronique qui alimente les catastrophes politiques propices à son épanouissement.

QUE DISONS-NOUS ?

Sur le plan de la politique économique du gouvernement, ce n’est pas la peine de souligner qu’elle ne cadre pas du tout à notre vision. Nos choix stratégiques, nos priorités, sont différents. Nous faisons la promotion de l’agriculture paysanne comme levier de l’économie, et du mode de vie paysan, notre modèle de société. En ce sens, pour nous, le renforcement de l’agriculture familiale paysanne, la décentralisation et une politique environnementale vigoureuse sont la priorité des priorités.

Sur le plan politique, notre conception de la démocratie est aux antipodes de ce que l’International s’acharne sous ce label à nous imposer à coups d’élections manipulées, de dirigeants téléguidés, sur fond de divisions et de chaos social habilement entretenus. La constitution d’un État de droit démocratique passe d’abord par la récupération de la souveraineté nationale. Ce qui fait de la lutte pour la démocratie avant tout, un combat de libération nationale et non une querelle de pouvoir entre dirigeants et opposition.

Pour le moment, arrêtons-nous sur cette phase conjoncturelle de crises à répétition qui entretient un chaos qui enfonce notre nation dans l’abîme. Pour nous, cette situation chaotique relève d’une technologie de contrôle social pour maintenir le pays dans la dépendance et la misère au profit de ce que nous appelons le ‘’colonialisme humanitaire’’. Elle répond aux intérêts économiques et financiers de certains secteurs de l’International alliés à des réseaux locaux antinationaux repérables, malheureusement, tant au plus haut niveau de nos dirigeants successifs qu’à celui de nos élites.

La forme de gestion du pouvoir politique qui lui correspond est un État vidé de tout pouvoir, affaibli par des querelles politiciennes et l’instabilité permanente pour réduire la capacité de négociation des nationaux sur la scène mondiale.

Ainsi, la chance de réussite d’un chef d’État se mesure à sa capacité de sortir de ce piège en réalisant l’unité nationale. La posture d’affrontement et de provocation des différents secteurs est suicidaire pour tous. Sans ce rassemblement de toutes les énergies, il n’y a aucune chance de relèvement national. C’est pourquoi notre parti prône l’apaisement social et politique par la constitution d’un gouvernement de salut public avec un mandat clair pour les années à venir. Des propositions de pactes de gouvernabilité avancées par d’autres partis méritent d’être considérées et pourraient servir de bases à une véritable entente politique.

En conclusion, le parti KONTRAPEPLA (KONBIT TRAVAYÈ PEYIZAN POU LIBERE AYITI) profite de cette rencontre avec le président de la république, pour surtout attirer son attention sur les impératifs du moment :

• Certains secteurs de la presse et de l’opinion publique s’inquiètent des dérapages répétés et des signaux ambigus à relents liberticides faisant craindre un retour à des méthodes surannées de gouvernement autoritaire. Il serait judicieux de rassurer la population à ce niveau, par des gestes significatifs surtout en relation aux actes incriminés.

• La nécessité de renforcer la capacité de négociation du pays dans les relations internationales et sur la scène mondiale, en réalisant l’unité nationale autour d’un projet de refondation/reconstruction nationale intégrateur et participatif.

• La mise en place d’un gouvernement de salut public et de sauvetage national, dirigé par une personnalité politique consensuelle, capable de rassembler les différents secteurs, jusqu’au terme du mandat constitutionnel du président Martelly.

• La renégociation de manière transparente et participative des accords/contrats miniers et autres relatifs à des concessions/exploitations de notre patrimoine.

• La prise en considération sérieuse des différentes résolutions du Sénat exprimant l’opinion quasi unanime de la population relative au départ de la MINUSTAH.
Arrêtons cette course effrénée vers l’abîme, tirons les leçons de la catastrophe du 12 janvier 2010 pour éviter au peuple haïtien de nouveaux malheurs. Il nous faut nous unir dans le respect et la dignité où nous périrons dans la honte et l’indignité.

Port-au-Prince, le 8 octobre 2013

Pour le Bureau Exécutif de KONTRAPEPLA

Jean William Jeanty
Coordonnateur

Philefrant St Naré

Rudolph Prudent