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Haïti-Editorial

LE MESSAGE DE NOS « AMIS »

"QUE NOUS SOMMES HEUREUX !"

Publié le lundi 25 novembre 2013

Le message de ceux, d’Haïti comme de l’étranger, qui se disent être les amis d’Haïti satisfaits de la marche des choses dans le pays, est simple et se résume par certaines assertions les unes plus évocatrices que les autres des dures et tristes réalités qui sont aujourd’hui les nôtres.

Des progrès son constatés, la situation évolue positivement, Martelly et Lamothe sont des modèles de dynamisme et de leadership, soutiennent-ils. C’est une façon pour eux de nous révéler « leurs vérités » à eux sur notre pays. S’exprimant de la sorte, ils nous disent « an franse » que :

Le principe de la séparation des pouvoirs n’est pas applicable à Haïti. Un seul des 3 pouvoirs, l’Exécutif, suffit à diriger ce « singulier petit pays » Les pouvoirs judiciaire et législatif n’ont qu’à se courber aux injonctions, et même aux caprices de l’Exécutif.
Ils veulent aussi nous dire que :

Le parlement ne vaut que par le nombre de lois qu’il vote et non par son existence même comme expression de la souveraineté populaire. Aucune considération ne doit être faite concernant les facteurs qui empêchent au parlement de remplir pleinement sa mission législative. De l’avis de certains des amis d’Haïti, le parlement est peu productif, il ne fait pas son travail. Déclaration faite au moment où des craintes sont exprimées par rapport à la volonté de l’Exécutif de dissoudre le parlement et de diriger par décret. Drôle de façon d’être de nos amis et d’appuyer notre démocratie… Un parlement qui contrôle l’action gouvernementale ? Pas nécessaire pour Haïti. Un Sénat qui interroge les contrats miniers ? Un véritable danger. Un Sénat qui ose élire à lui seul les 10 membres de la CSCCA ? Quelle impertinence !

TOUJOURS A ENTENDRE LES « AMIS » QUI CONTEMPLENT « NOS PROGRES » :
Il n’est pas nécessaire que les élections se tiennent aux moments fixés par la Constitution et qu’elles soient justes, honnêtes et démocratiques, sur la base d’une loi électorale garantissant le sérieux du scrutin. Un organisme électoral crédible et compétent ? Pour quoi faire ? Il y aura sans doute le Centre de tabulation dit de « fabulation », pour affabuler encore et encore… Il est toujours contrôlé par les amis d’Haïti, ce fameux centre. Et, puis, ne vous en faites pas : l’OEA et l’IFES vous accompagneront. Vous disposez même d’une firme tapie dans l’ombre qui œuvre ardemment, et savamment, au contrôle des listes électorales.

A propos, a-t-on bien pris soin de dépouiller les listes électorales des noms de tous les électeurs victimes du séisme dévastateur du 12 janvier 2010 ? Les partis politiques, qui ne sont pas du tout aimés des amis qui nous aiment, réalisent-ils qu’il faut, à ce niveau, avoir les yeux grands ouverts, afin que les zombies n’envahissent pas les urnes aux prochains scrutins ? Nos chers disparus peuvent vraiment nous revenir par cette voie funeste.

Prenez garde, citoyens et responsables politiques et des organisations conséquentes de la société civile ! La vigilance est également de mise en ce qui concerne certains programmes sociaux : ti manman cheri, ede pèp, kore etidyan. Les cartes électorales ne sont-elles pas exigibles pour y accéder ?

LE MESSAGE DE CEUX QUI SE DISENT ETRE NOS AMIS SATISFAITS DE LA MARCHE DES CHOSES ? PAS DU TOUT COMPLIQUE :

La corruption ne constitue en rien un obstacle au développement. Le manque de transparence dans la gestion des ressources publiques, et notamment de Petro caribe, encore moins. Les contrats de gré à gré, favorisant notamment des firmes dominicaines, dynamisent les affaires… Alors, cessez, MM. André Michel et Newton St-Juste, d’emmerder les gens avec vos histoires de corruption. Laissez reposer en paix l’âme du juge Jean Serge Joseph. Ce n’est pas vrai qu’il ait été à cette réunion inventée de toutes pièces par tous ceux qui s’opposent aux programmes sociaux, à l’école gratuite, aux viaducs (pardon, il fallait dire routes aériennes, wout an lè), aux Ti manman cheri et aux Gouvènman lakay ou. Paske, gouvèlman an se pa nan tout peyi a li ye. Gen de lè, li vin lakay ou. Fòk ou resevwa l, paske li depanse anpil-anpil lajan pou l vin wè w.

Ah ! Ces merdeux d’opposants qui manifestent quotidiennement et qui invoquent maintenant Dessalines contre Pétion, il faut les noyer dans les gaz avant de les fusiller sur la place publique. Ces étudiants rebelles et ingrats, puisqu’ils ont perçu l’allocation (mais qui provient du Trésor public), il faut les traiter au gaz jusqu’à leur arracher, s’il le faut, le poignet. Et qu’importe ! Est-ce nécessaire qu’une commission d’enquête soit formée afin de déterminer dans quelles conditions l’étudiant de l’ENS a été aussi grièvement blessé ? Pas nécessaire, répondent nos amis selon qui agir de la sorte serait faire de l’opposition au sytème Tèt Kale.

LE MESSAGE DE CEUX QUI SE DISENT ETRE NOS AMIS, SATISFAITS DE LA MARCHE DES CHOSES, EST ON NE PEUT PLUS DIRECT :

Le choléra est une opportunité, une bonne, de lutter en faveur du lavage des mains et de l’hygiène individuelle. C’est sans doute l’occasion de grands programmes et de juteux contrats dans un pays « open for business » Cela fait d’ailleurs assez longtemps que vous êtes des malpropres. Il fallait vraiment que le choléra vous soit apporté népalaisement, onusiennement, pour que vous preniez conscience de votre état lamentable ! Et puis, c’est faux que le choléra a tué plus de 8 mille personnes. Il s’agit encore d’une perfide et très calomnieuse propagande de l’opposition haineuse et jalouse des fantastiques réalisations du pouvoir.

TRES INTERESSANTS LES MESSAGES DE CEUX QUI NOUS AIMENT, QUI SE DISENT ETRE NOS AMIS, ET QUI SE DISENT SATISFAITS DE LA MARCHE DES CHOSES...

Les frères Florestal peuvent rester en prison ; Jean Robert Vincent peut y demeurer vitam aeternam pour avoir commis le crime odieux d’exprimer son opinion politique au moyen d’un bout de papier dénommé « Tract ». Peut-être que s’il avait brandi une arme, son châtiment eut été moindre…

Le ministre de la justice peut toujours continuer à re-juger en décidant de l’opportunité ou non d’exécuter les ordonnances judiciaires en faveur de la libération des détenus.
Des députés en fonction peuvent toujours être arrêtés.

Des avocats méritent d’être poursuivis pour des responsabilités prises dans l’exercice de leur fonction.

Des arrestations peuvent être effectuées en dehors des normes définies par la Constitution.

Des journalistes doivent être agressés verbalement ou physiquement pour qu’ils cessent d’être inconvenants en mettant constamment des bâtons dans les roues de la machine gouvernementale.

Il est normal que les médias d’Etat soient des médias gouvernementaux.

Normal que les ressources publiques soient utilisées au bénéfice d’un parti et à des fins de propagande.

Normal que le consensus ne soit jamais recherché, encore moins la concertation, en ce qui concerne les grandes options et décisions.

Normal que le pays soit occupé et que l’étranger ait toujours le dernier mot en tout.

Ceux qui nous aiment et sont satisfaits de la marche des choses nous disent clairement que nous nous trompons en pensant qu’il y a de plus en plus de gens qui crèvent de faim en dépit des Ti manman, des Ede Pèp, des lampadaires solaires, des routes atè et des routes anlè.

C’est également faux que vous pensiez que les enfants ne vont pas à l’école ou, s’ils y vont, que ce soit forcément dans des écoles qui n’en portent que le nom, pour recevoir une éducation au rabais.

C’est faux que le chômage s’amplifie.

Tout aussi faux que plus de la moitié de la population prendrait la poudre d’escampette si les consulats étrangers distribuaient des visas.

Faux que les produits dominicains et étrangers en général empêchent toute relance véritable de la production nationale.

LE MESSAGE DE CEUX QUI SE DISENT ETRE NOS AMIS, SATISFAITS DE LA MARCHE DES CHOSES ? TRES SIMPLE :

Ce n’est pas vrai que la police soit politisée. C’est plutôt une force hautement professionnelle qui exécute fièrement sa mission d’Etat et qui, en aucune façon, ne saurait être partiale, en favorisant les manifestations des uns et en empêchant celles des autres, en restant passive face aux violences des uns et/ou des autres.

Définitivement, comme on le voit, il y a vraiment de quoi pour que nos amis nous aiment et estiment que nous sommes vraiment heureux, sans le savoir. Que nous sommes méchants de ne pas le reconnaitre !