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L’EXEMPLE DE MANDELA !

Publié le lundi 9 décembre 2013

Mandela s’en est allé : un géant disparait ! Tout le monde compatit ! Les partisans de la liberté et de la démocratie sont consternés. Il fut le symbole du courage, de la générosité, de l’abnégation. Il a incarné tout ce à quoi nous aspirons sans jamais avoir eu le courage de dépasser le stade du vouloir.

Et, c’est là le secret de la célébrité de Mandela. Comparable à celle de Jésus, de Spartacus, de Dessalines, du Che, pour ne citer que ceux-là. Pouvoir se détacher de l’animalité, des contingences matérielles et sociales pour se consacrer au sort de la communauté ; renoncer à ses pulsions personnelles d’autorité et de jouissance au profit de la défense des intérêts du groupe ou même de l’humanité : voilà ce qui a fait de Mandela un héros !

Aujourd’hui qu’il est parti, le monde entier le vénère. Mais, de tous ces dirigeants qui s’apprêtent à lui rendre hommage, lesquels sont-ils prêts à épouser les valeurs qui ont été les siennes ? On a toutes les raisons de douter qu’ils puissent être légion.

Le meilleur hommage à Mandela serait de s’engager à suivre la voie qu’il a tracée. Elle se résume, à bien regarder, à très peu de principes, d’objectifs et de dimensions :

- la primauté de l’intérêt collectif sur les intérêts particuliers ;

- le refus des inégalités et de toutes les formes de discrimination ;

- la reconnaissance de l’humanité des êtres par-delà les contingences biologiques, culturelles et géographiques ;

- la vision téméraire de la rédemption des défavorisés même au prix de tolérer et d’inviter au dialogue leurs oppresseurs ;

- le sens du dialogue et du compromis n’excluant pas la fermeté par rapport aux principes ;

- le dédain pour les gloires et les intérêts mesquins pour soi et ou pour sa tribu, son ethnie, son clan et ou son parti.

Suivre l’exemple de Mandela implique donc qu’on sorte du folklore du verbe [qu’on cesse donc d’être à l’oral] et qu’on entre dans la réalité de l’acte. En levant les yeux vers Mandela, on doit cesser d’être des nains politiques, des "kokorat" politiques bornés, haineux, mesquins, sans vision, sans grandeur. "Ou pa ka pale de Mandela lè kè w fèmen, lè w derefize konprann tout moun se moun, lè w ou pa gen lespri tolerans, lè w pa gen lespri sèvis, lè w pran leta pou chwal papa".

Suivre l’exemple de Mandela implique, pour les grands de ce monde, la nécessité de reconnaitre la diversité des cultures et des civilisations, la souveraineté des peuples, leur droit à l’existence ; la nécessité que le dialogue et la négociation soient les voies prioritaires de la résolution des conflits : "sispann frape men sou tab la, rantre zam yo, elimine bonm yo, pran tout lajan kap depanse nan fabrike zam yo envesti yo nan pwodiksyon, nan devlopman, nan edikasyon, nan lasante, nan pwoteksyon anviwonman, paske planèt la ap disparèt".

Suivre l’exemple de Mandela c’est tout simplement reconquérir l’humanité dont on nous a dépouillé, redevenir Homme, redevenir Femme, dans toute l’acception du terme. C’est, dans ce cadre, repenser l’orientation des politiques publiques en plaçant désormais l’Homme au centre de celles-ci.

Ne pleurez pas sur moi, pleurez sur vous, dirait Mandela si les morts avaient le pouvoir de s’exprimer.

Pleurez sur vous, grands chefs !

Pleurez sur vous, petits chefs aux petits pieds !

Regardez-vous bien dans le miroir avant de prononcer le nom de Mandela, ce géant qui nous a humblement indiqué le chemin de la Lumière et de la Grandeur. VIVE MANDELA !