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"Les Souliers neufs de St Pierre", par Roody Edmé

Publié le samedi 4 janvier 2014

Un pape atypique préside aujourd’hui les destinées de l’Eglise catholique. Le pape François dans sa simplicité, son refus des apparats, et des fastes liés à sa fonction est en train de souffler un vent nouveau sur le trône de Saint Pierre.

On a déjà vu des papes prier pour la paix dans le monde, condamner les égoïsmes, s’engager comme le charismatique Jean Paul 2 contre les injustices et les dictatures. Mais le pape François dans sa manière décontractée et directe de traiter des choses de ce monde, fait figure de « révolutionnaire ».

La vérité, c’est qu’il fait un temps nuageux sur les terres de l’Eglise et les religions réformées ont de plus en plus d’échos dans le « peuple de Dieu ». Depuis la mort de Jean Paul 2 et l’intermède conservateur de Benoît 16, le Vatican se cherche un nouveau souffle.

Et celui qui l’incarne sans contexte, est bien ce pape argentin qui vient d’une Amérique Latine dont les veines ouvertes ont laissé couler depuis des siècles le sang et les richesses de ses peuples amérindiens, métis ou noirs, vers d’autres continents.

Ce pape est donc monté à Rome avec une sensibilité qui vient d’une région meurtrie par une Histoire de violence et d’exploitation.

Sa pastorale qui se veut vivante et bien ancrée dans les souffrances du monde, incarne un renouveau certain de l’Eglise. Une Eglise qui ne présente pas forcément les caractéristiques de celle qu’auraient voulu Don Helder Camara ou le père d’Escoto ; mais une Eglise tout de même qui ne fermerait pas les yeux sur les crimes de ce monde sous prétexte que justice et réparation seront rendus au ciel.

L’Eglise du pape François entend sans trop faire souffler une tempête sur certains dogmes, renouveler l’espérance en s’adressant sans langue de bois aux souffrances des uns et des autres, en allant à la rencontre du « pêcheur », un peu comme le Christ l’avait souvent fait suivant l’historiographie officielle de l’Eglise.

Lors du troisième Concile du Vatican au cours des derniers six mois, le pape a parlé de la tolérance, du respect qui doit exister entre toutes les religions, et de poursuivre, qu’elles sont toutes vraies pourvu que, celles et ceux qui y adhèrent soient sincères et aient vraiment la foi.

Il a encore estimé dans une des déclarations dont il est devenu coutumier que Dieu n’est pas un père fouettard, c’est plutôt un père compatissant qui sait pardonner et qui vient parfois en ami nous rencontrer et se révéler à nous.

Toute chose qui doit avoir un écho particulier dans notre pays, quand on sait que certains groupes religieux voient la main vengeresse de Dieu à chaque catastrophe naturelle.
Plus loin, le pape affirme lors de ce fameux Concile, troisième du nom depuis Vatican 2, que le Diable est une métaphore qui symbolise les méchancetés des hommes, le racisme et l’intolérance sont des manifestations démoniaques.

Le journal en ligne Diversity qui a reporté ces déclarations a souligné les réactions outrées de certains prélats conservateurs dont Monseigneur Arinze du …Nigeria qui voit dans ces déclarations peu amènes sur l’immigration, une menace pour la civilisation européenne ! Car le pape aurait menacé de sanctionner au sein de l’Eglise, tout comportement raciste.

On s’imagine l’archevêque de Santo Domingo au rang des dissidents, vis-à-vis de cette condamnation sans équivoque du racisme, une première dans l’Histoire de l’Eglise.

Laurent Joffrin du Nouvel Observateur, parle d’un pape dont les idées sociales avancées battent en brèche les sociaux-démocrates d’Europe, résignés du capitalisme sans règles. Il cite une des phrases culte du pape François qui fait désormais de lui un « indigné » : « le fait qu’une personne âgée réduite à vivre dans la rue meure de froid ne soit pas une nouvelle, alors que la baisse de deux points en bourse en soit une…voilà l’exclusion » ou la mondialisation outrancière a créé « une culture du déchet » : « l’être humain est un bien de consommation que l’on peut utiliser et ensuite jeter ».

Un pape aux idées novatrices qui réjouit les progressistes et inquiète les plus conservateurs.

L’espérance des lendemains qui chantent, du bonheur humain, viendrait-elle en cette nouvelle année 2014 du haut lieu de l’Eglise catholique connu pour sa fidélité séculaire aux dogmes fondateurs ?

Une hirondelle, même sainte, ne fait pas le printemps. Mais les chantres de la pensée unique et du conservatisme pure laine, ont trouvé dans ce nouveau pape un adversaire de taille.

Roody Edmé