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Haïti-Débat

LA SITUATION POLITIQUE A L’APPROCHE DE 2014, Analyse et Perspectives, du parti politique "Aksyon pou Konstwi yon Ayiti Oganize" (AKAO)

Publié le mardi 14 janvier 2014

LA SITUATION POLITIQUE A L’APPROCHE DE 2014
Analyse et Perspectives

A l’occasion de la fête de l’indépendance et du jour des Aïeux, à l’occasion du nouvel an, la Direction Politique Nationale (DPN) d’Aksyon pou Konstwi yon Ayiti Oganize (AKAO) adresse à toutes les citoyennes et à tous les citoyens, à la nation toute entière, ce message qui reprend une analyse en 3 points de la conjoncture actuelle tout en dégageant la position du Parti.

I. Les dérives apparentes du pouvoir Martelly-Lamothe sont une politique
Les pratiques de pouvoir du Gouvernement Martelly Lamothe ne sont pas des dérives. Elles sont le mode d’expression achevé du vieux système autoritaire que la société cherche à éradiquer par la voie constitutionnelle et démocratique depuis 1986. Elles sont une forme d’expression directe et sans nuance de la domination oligarchique en contexte dit démocratique.

Cette politique se traduit au niveau de l’agenda gouvernemental par des actions disparates habillées par une propagande mensongère ; par la multiplication des projets sans vocation à transformer le pays et à améliorer durablement les conditions de vie de la population (petits projets de la présidence, Ti manman cheri, réhabilitation de places publiques, distribution de kits alimentaires, maquillage de bidonvilles, installation des lampes solaires...) et par l’utilisation perverse des fonds de Petro Caribe (par exemple, des allocations ont été attribuées à des parlementaires pour des projets-bidons afin de s’assurer de leur allégeance au pouvoir).

Sur le plan institutionnel, elle se caractérise par la volonté du chef de l’Etat de s’ériger au-dessus de la Constitution, d’asservir les organismes à la base de l’Etat de droit (Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif) ainsi que les organes du contrôle démocratique (Parlement, Conseil électoral permanent (CEP) transformé en Collège Transitoire du CEP (CTCEP)) et de réinstaurer l’armée en catimini sans consensus national.

Sur le plan de l’identité nationale, elle se manifeste par le dédain du patrimoine historique, l’incapacité à adopter une position publique sans équivoque par rapport à la politique dominicaine vis-à-vis des descendants d’Haïtiens.

Le vrai visage du pouvoir se découvre dans son refus à prendre en compte les conditions salariales des ouvriers, témoignant d’un mépris objectif de la personne des travailleurs en considérant leur situation seulement sous l’angle de la compétitivité.
Le soutien de la communauté internationale à ce type de gouvernements irrespectueux des normes constitutionnelles, sans projet national, n’est pas une nouveauté de l’histoire ancienne et récente de la nation haïtienne. Il s’inscrit dans une tradition d’appui aux régimes anti-populaires sous le fallacieux motif de préserver la stabilité politique et pour servir leur agenda.

II. Les contestations contre le pouvoir Martelly-Lamothe ne remettent pas en cause son projet politique

Les pratiques de pouvoir du Gouvernement ont conduit le pays au pourrissement du fonctionnement institutionnel au sein de l’Etat. Cependant, les conditions critiques actuelles ne sont pas liées seulement à la personne des dirigeants politiques en place mais de manière plus profonde au système de domination et de pillage des ressources nationales qu’ils représentent.

Dans cette perspective, la mobilisation contre le pouvoir actuel doit donc prendre en compte tous les paramètres de la crise présente. Si les élections qui concernent le Parlement et les Collectivités territoriales venaient à se tenir en l’année 2014, elles ne conduiraient pas, pour autant, à la normalisation institutionnelle, pas plus qu’elles ne permettraient de répondre aux défis actuels.

En effet, la crise de gouvernement qui sévit en Haïti a des assises structurelles. Il est nécessaire que la vague de contestation, si elle veut être porteuse d’un changement réel, intègre certains problèmes de fond, tels que :

1. La reconquête de la souveraineté et de la sécurité nationale ;
2. Le développement socio-économique par la création et la redistribution des richesses ;
3. La production nationale dans les différents secteurs économiques (primaire-secondaire- tertiaire) ;
4. La redéfinition du cadre des relations d’affaires d’Haïti sur l’échiquier régional et mondial, notamment avec la République Dominicaine ;
5. L’aménagement du territoire, la protection des bassins versant et la réforme foncière ;
6. L’exploitation des toutes les ressources d’Haïti, en particulier, ressources minières ;
7. La lutte contre les inégalités et le développement de politiques sociales cohérentes dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’habitat.
Autrement, tout semble indiquer que les forces coagulées dans cette contestation reconduiraient, comme par le passé, le vieux système politique et économique.

III. La rupture avec le vieux système oligarchique est une condition nécessaire du développement national

L’incapacité à respecter les règles de la démocratie est inhérente aux types de pouvoir en place. Les prétendues dérives ne sont qu’une stratégie aveugle de recyclage du vieux pouvoir anti démocratique et anti populaire qui se cache sous de nouveaux habits. Le refus de la démocratie est aussi un refus d’engager une réforme économique profonde à l’échelle nationale. Le Gouvernement Martelly-Lamothe est donc incapable de se réformer. Il est incapable de maintenir et/ou d’approfondir les orientations démocratiques. Il a contaminé par ses pratiques de corruption, d’autoritarisme, de personnalisation du pouvoir toutes les institutions nationales.

Les trois branches du pouvoir institutionnel s’accordent à perpétuer un statu quo inacceptable. Le pouvoir judiciaire, dont les plus hautes instances sont vassalisées par l’exécutif, est gangrené par la corruption, le manque de ressources et l’inefficacité. Ces tares affectent aussi le Parlement actuel, qui ne se démarque nullement des pratiques traditionnelles de pouvoir. Les conflits qui semblent opposer les pouvoirs exécutif et législatif ne servent, le plus souvent, qu’à masquer de vulgaires marchandages pour le contrôle et la dilapidation des ressources de l’Etat.

Face à cette situation, seules des élections générales anticipées, articulées à un projet de reconquête de la souveraineté nationale, de développement de la capacité de production et de redistribution des richesses, sont susceptibles d’initier un processus de changement profond et durable du jeu politique et d’imprimer de nouvelles orientations de politiques publiques.

Une mobilisation nationale est nécessaire pour transformer l’espace politique, sortir des choix imposés de l’international et retrouver l’autonomie nationale. Pour engager vraiment la rupture, cette mobilisation doit aboutir à :

1- Un mécanisme permettant d’amender en bonne et due forme la constitution de 1987 ou, à défaut, de retourner au statu quo ante. Le processus scandaleux d’amendement de la Constitution de 1987 a débouché sur une situation d’extrême confusion, rejetant au passage plusieurs avancées démocratiques garanties par ce texte et contribuant à un état d’incertitude et d’insécurité juridiques. Le rétablissement de la suprématie de la Loi-mère est la condition sine qua non du renforcement de la souveraineté nationale.
2- La réalisation d’élections générales anticipées. Le renouvellement du personnel et des mandats politiques est également une condition majeure à réaliser. Au préalable, il faudra engager un combat acharné en faveur d’un système électoral permettant véritablement l’expression de la souveraineté populaire.

AKAO croit fermement qu’on ne pourra sortir de la crise actuelle que par un agenda politique qui met en œuvre ces grands points. Dans sa Déclaration du 10 mars 2013, le parti s’est engagé à bâtir un programme de réforme institutionnelle, de réorientation économique et de recomposition sociale.

Le parti AKAO se propose donc de travailler à cette grande mobilisation des forces vives de la nation en s’attelant, avec d’autres partis de gauche, à la construction d’un front progressiste apte à se positionner en interlocuteur véritable par rapport aux groupes d’intérêts et proposer un projet d’intérêt collectif et de reconquête de la souveraineté nationale.

Port au Prince, le 2 janvier 2014

Dr Junot FELIX
Coordonnateur AKAO

SITUATION POLITIQUE Ã L’APPROCHE DE 2014

SITIYASYON POLITIK PEYI NAN KÒMANSMAN 2014 LA
Analiz ak Pèspektiv

Nan okazyon fèt endepandans peyi a ak jou zansèt nou yo, nan lokazyon lane tou nèf la, Direksyon Politik Nasyonal Aksyon pou Konstwi yon Ayiti Oganize (AKAO) voye pou tout sitwayèn ak sitwayen, pou tout nasyon an, mesaj sa a ki reprann yon analiz an 3 pwen sou konjonkti aktyèl la kote nou pwofite bay pozisyon pati a.

IV. Swadizan deriv pouvwa Martelly-Lamothe la se yon politik ki makònen ak mak fabrik pouvwa a

Zak Gouvènman Martelly-Lamothe yo se pa deriv. Yo koresponn avèk vye sistèm pouvwa gwo ponyèt nou ap konbat nan peyi a depi 1986 pou mete yon rejim demokratik e ki chita sou Konstitisyon ak lalwa. Zak sa yo koresponn avèk dominasyon yon ti gwoup moun ki kenbe peyi a an otaj malgre tout jefò n ap fè pou tabli yon demokrasi reyèl.

Politik sa a se yon bann aksyon lanvè-ladwat, ki ale nan tout direksyon, ki pa gen pyès sans gouvènman an ap fè jis pou l fè pwopagann jis pou l bay manti. Se konsa, Gouvènman sa ap miltipliye ti pwojè ki pa genyen kòm objektif pou yo transfòme vrèmam peyi a epi amelyore kondisyon lavi pèp la (ti pwojè LaPrezidans, Ti manman cheri, reparasyon plas piblik, distribisyon plat manje, makiyay katye defavorize yo, enstalasyon lanp solèy...) epi yo itilize lajan PetroCaribe a pou yo fè kont-mal-taye sou do pèp la (pou nou pran yon egzanp, yo distribiye lajan bay palmante pou yon seri pwojè san-pye-ni-tèt senpman pou yo achte vòt yo nan lachanm nan).

Gouvènman sa a pa respekte enstitisyon yo. E se Mak fabrik politik sa a ki fè chèf Leta a konpran li kapab kontwole epi mete nan sèvis li tout òganis Leta yo ki se baz Leta de dwa nou vle tabli nan peyi a (Konsèy Siperyè Pouvwa Jidisyè a, Kou dè kont epi lòt ògan kontwòl demokratik yo tankou Palman, Konsèy Elektoral Pwovizwa li transfòme an Kòlèj Tranzitwa KEP (KTKEP)). Chèf Leta a vle tabli anbachal Lame san li pa chèche jwenn yon akò/konsansis Nasyon an.

Gouvènman sa a pa respekte Idantite nasyon an. E se yon lòt mak fabrik politik l ap mennen nan peyi a ki parèt nan jan li meprize tout eritaj zanzèt yo kite pou nou, tout sa ki reprezante listwa nou kòm pèp ki te goumen pou libète. Kònpòtman sa a parèt a klè nan enkapasite Gouvènman pou l pran yon pozisyon piblik klè kou dlo kòk sou politik Gouvènman Dominiken vizavi desandan Ayisyen yo.

Nou ap konprann nèt politik pouvwa Martelly-Lamothe la lè li pa vle pran desizyon pou ogmante salè ouvriye yo. Se yon lòt prèv mepri yo genyen pou travayè yo kòm moun lè yo vle konsidere sitiyasyon salè sèlman sou baz konpetisyon ant peyi ki pa genyen menm istwa, pa gen menm kondisyon lavi sosyal ak ekonomik.

Se pa yon bagay nouvo pou nou nan peyi a si sa yo rele Kominote entènasyonal la ap soutni yon mòd gouvènmam konsa ki pa respekte konstitisyon an, ki pa genyen okenn pwojè pou nasyon an. Se yon tradisyon .ki konsa. Gwo pwisans nan Kominote entènasyonal la toujou apiye Gouvènman ki kont pèp ayisyen an sou pretèks stabilite politik, men, an reyalite, se pou yo kapab regle pwòp zafè pa yo avèk mòd rejim sa yo.

V. Mouvman kontestason kont pouvwa Martelly-Lamothe pa kont pwojè politik pouvwa sa a ap mennen.

Akòz politik Gouvènman an epi jan yo jere politik la, fonksyonman nòmal enstitisyon Leta yo bloke epi ap fin deperi. Men, nou dwe klè se pa yon zafè moun ki mete nou nan sitiyasyon nou ye jounen jodi a. Sitiyasyon an jwenn sous li nan sistèm dominasyon ak piyay resous peyi a ke rejim nan reprezante.

Mobilizasyon kont pouvwa sa a dwe chita sou yon analiz ki konprann tout eleman ki ban nou kriz peyi a ap viv jounen jodi a. Se pou tèt sa a, nou pa kwè sitiyasyon enstitisyon Leta yo ap vin nòmal vrèman, si eleksyon pou Palman an ak Kolektivite teritoryal yo rive fèt nan lane 2014.

Kriz la chita sou yon bann pwoblèm estriktirèl. Si objektif mouvaman kontstasyon an se pote yon chanjman tout bon nan peyi a, li dwe makònen mouvman an ak pwoblèm sa yo :

8. Batay pou reprann souverènte peyi a epi pou sekirite nasyon ;
9. Devlopman sosio-ekonomik gras ak kreyasyon epi redistribisyon richès ;
10. Pwodiksyon nasyonal nan tout sektè ekonomik yo (primè-segondè-tèsyè) ;
11. Redefinisyon relasyon kòmès ak tout lòt biznis peyi Dayiti genyen ak tout peyi, nan tout rejyon sou latè, avèk Repiblik Dominikèn tou ;
12. Amenajman teritwa, pwoteksyon basen vèsan ak refòm fonsye (tout sa ki gen pou wè ak zafè tè) ;
13. Eksplwatasyon tout resous peyi a, an patikilye, resous anba tè (min) ;
14. Lit kont inegalite ak devlopman bon jan politik sosyal nan domèn sante, ledikasyon ak zafè kay pou moun rete.

Si fòs sosyal ki nan kontestasyon an pa pran an kont pwoblèm sa yo, nou te mèt di sistèm politik ak ekonomik la ap toujou an plas menm si Gouvènman Martelly-Lamothe la ta tonbe.

VI. Pou Devlopman peyi a fò nou sòti nan vye sistèm ki chita sou pouvwa yon ti gwoup moun ki pran tout avantaj politik ak ekonomik yo

Enkapasite pou yo respekte règ demokratik yo se mak fabrik pouvwa an plas la. Sa yo rele deriv yo se fonksyonman nòmal pouvwa a. Se yon estrateji pou yo tounen, sou yon lòt fòm, avèk vye sistèm pouvwa anti demokratk ak anti popilè. Gouvènman sa a pa vle Demokrasi paske li pa vle non plis Refòm ekonomik an pwofondè nan tout peyi a. Gouvènman pa gen kapasite fè okenn refòm. Li pa fouti travay pou ranfòse Oryantasyon demokratik yo. Se yon gouvènman ki alèz e ki fè tout enstitisyon Leta yo benyen nan kòripsyon, nan pouvwa bout di e ki itilize enstitisyon sa yo pou regle zafè pèsonèl kèk grenn moun.

3 gwo branch nan pouvwa Leta yo antann yo pou kenbe vye sistèm sa a ki tabli nan peyi a depi lontan. Pouvwa lajistis (oubyen jidisyè) ap benyen nan koripsyon. Se yon pouvwa ki pa gen resous e ki pa efikas ditou. Pouvwa egzekitif la mete sou kontwòl KSPJ a, pi gwo enstans ki nan tèt Lajistis peyi a. Palman aktyèl la fonksyone avèk menm pratik pouvwa tradisyonèl yo. Konfli ki pete souvan ant Egzekitif lan ak Palman se, anpil fwa, yon fason pou yon seri politisyen fè machandaj epi dilapide resous peyi a.

Devan yon sitiyasyon konsa, nou genyen yon sèl solisyon pou Pouvwa Leta retounen ap byen mache se eleksyon jeneral avan lè (antisipe) ki dwe makònen avèk pwojè pou retabli souverennte peyi a, devlopman kapasite pwodiksyon peyi a epi redistribisyon richès. Se konsa, n ap kapab mete peyi a sou ray yon chanjman an pwofondè, dirab, jwèt politik epi pou nou mete an aplikasyon, nan tout domèn, lòt oryantasyon nan politik piblik.

Nou rete kwè gen nesesite yon mobilizasyon nasyonal pou transfòme espas politik la, pou nou sòti anba kontwòl entènasyonal la epi reprann tout otonomi nou kòm peyi endepandan. Pou nou kapab vrèman fè chanjman ki nesesè yo, mobilizasyon nasyonal sa a dwe pèmèt nou :

3- Jwenn pi bon mwayen ki kapab pèmèt nou amande yon fason ki kòrèk Konstitisyon 1987 la oubyen, si nou pa kapab, pou nou retounen sou lobedyans premye konstitisyon an. Amandman Konstitisyon 1987 la ki te fèt nan kondisyon nou tout konnen yo, ki te vekse tout moun, lage peyi a nan yon sitiyasyon konfizyon total. Amandman sa a mete sou kote yon seri aki demokratik epi lage peyi a nan ensètitid epi yon klima ensekirite jiridik. Retabli Konstitisyon an kòm manman-lwa peyi a k ap dirije tout enstitisyon yo se premye kondisyon (san li lòt yo pap bay okenn rezilta) pou nou ranfòse Souverennte nasyonal la.

4- Reyalize eleksyon jeneral avan lè. Chanje moun k ap dirije peyi a, chanje manda politik yo, se yon lòt gwo kondisyon pou nou tabli. Men, depi kounye a, fò nou kòmanse batay anfavè yon sistèm elektoral ki ap pèmèt vrèman souverènte popilè a pale, eksprime l.

AKAO kwè nou pap sòti nan kriz aktyèl la si nou pa genyen yon plan ki chita sou 2 pwen sa yo. Deklarasyon 10 mas 2013 la, Pati a angaje l pou l bati yon pwogram pou refòm enstitisyonèl, pou reyoryantasyon ekonomik ak pou rekonpozisyon sosyal peyi a.

Pati AKAO vle travay pou mobilizasyon tout fòs nasyon an. Ansanm avèk lòt Pati Lagòch, n ap konstwi yon Fwon Pwogresis ki ap ban nou kapasite pou nou parèt, anfas tout yon seri gwoup enterè, avèk yon pwojè ki ranmase enterè peyi a ki ap travay pou nou repann souverennte nasyonal nou.

Pòtoprens, 2 janvye 2014

Dr Junot FELIX
Coordonnateur AKAO

VIV AKSYON POU KONSTWI YON AYITI OGANIZE

LA SITUATION POLITIQUE A L’APPROCHE DE 2014
Analyse et Perspectives

A l’occasion de la fête de l’indépendance et du jour des Aïeux, à l’occasion du nouvel an, la Direction Politique Nationale (DPN) d’Aksyon pou Konstwi yon Ayiti Oganize (AKAO) adresse à toutes les citoyennes et à tous les citoyens, à la nation toute entière, ce message qui reprend une analyse en 3 points de la conjoncture actuelle tout en dégageant la position du Parti.

VII. Les dérives apparentes du pouvoir Martelly-Lamothe sont une politique
Les pratiques de pouvoir du Gouvernement Martelly Lamothe ne sont pas des dérives. Elles sont le mode d’expression achevé du vieux système autoritaire que la société cherche à éradiquer par la voie constitutionnelle et démocratique depuis 1986. Elles sont une forme d’expression directe et sans nuance de la domination oligarchique en contexte dit démocratique.
Cette politique se traduit au niveau de l’agenda gouvernemental par des actions disparates habillées par une propagande mensongère ; par la multiplication des projets sans vocation à transformer le pays et à améliorer durablement les conditions de vie de la population (petits projets de la présidence, Ti manman cheri, réhabilitation de places publiques, distribution de kits alimentaires, maquillage de bidonvilles, installation des lampes solaires...) et par l’utilisation perverse des fonds de Petro Caribe (par exemple, des allocations ont été attribuées à des parlementaires pour des projets-bidons afin de s’assurer de leur allégeance au pouvoir).
Sur le plan institutionnel, elle se caractérise par la volonté du chef de l’Etat de s’ériger au-dessus de la Constitution, d’asservir les organismes à la base de l’Etat de droit (Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif) ainsi que les organes du contrôle démocratique (Parlement, Conseil électoral permanent (CEP) transformé en Collège Transitoire du CEP (CTCEP)) et de réinstaurer l’armée en catimini sans consensus national.
Sur le plan de l’identité nationale, elle se manifeste par le dédain du patrimoine historique, l’incapacité à adopter une position publique sans équivoque par rapport à la politique dominicaine vis-à-vis des descendants d’Haïtiens.
Le vrai visage du pouvoir se découvre dans son refus à prendre en compte les conditions salariales des ouvriers, témoignant d’un mépris objectif de la personne des travailleurs en considérant leur situation seulement sous l’angle de la compétitivité.
Le soutien de la communauté internationale à ce type de gouvernements irrespectueux des normes constitutionnelles, sans projet national, n’est pas une nouveauté de l’histoire ancienne et récente de la nation haïtienne. Il s’inscrit dans une tradition d’appui aux régimes anti-populaires sous le fallacieux motif de préserver la stabilité politique et pour servir leur agenda.

VIII. Les contestations contre le pouvoir Martelly-Lamothe ne remettent pas en cause son projet politique
Les pratiques de pouvoir du Gouvernement ont conduit le pays au pourrissement du fonctionnement institutionnel au sein de l’Etat. Cependant, les conditions critiques actuelles ne sont pas liées seulement à la personne des dirigeants politiques en place mais de manière plus profonde au système de domination et de pillage des ressources nationales qu’ils représentent.
Dans cette perspective, la mobilisation contre le pouvoir actuel doit donc prendre en compte tous les paramètres de la crise présente. Si les élections qui concernent le Parlement et les Collectivités territoriales venaient à se tenir en l’année 2014, elles ne conduiraient pas, pour autant, à la normalisation institutionnelle, pas plus qu’elles ne permettraient de répondre aux défis actuels.
En effet, la crise de gouvernement qui sévit en Haïti a des assises structurelles. Il est nécessaire que la vague de contestation, si elle veut être porteuse d’un changement réel, intègre certains problèmes de fond, tels que :
15. La reconquête de la souveraineté et de la sécurité nationale ;
16. Le développement socio-économique par la création et la redistribution des richesses ;
17. La production nationale dans les différents secteurs économiques (primaire-secondaire- tertiaire) ;
18. La redéfinition du cadre des relations d’affaires d’Haïti sur l’échiquier régional et mondial, notamment avec la République Dominicaine ;
19. L’aménagement du territoire, la protection des bassins versant et la réforme foncière ;
20. L’exploitation des toutes les ressources d’Haïti, en particulier, ressources minières ;
21. La lutte contre les inégalités et le développement de politiques sociales cohérentes dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’habitat.
Autrement, tout semble indiquer que les forces coagulées dans cette contestation reconduiraient, comme par le passé, le vieux système politique et économique.

IX. La rupture avec le vieux système oligarchique est une condition nécessaire du développement national
L’incapacité à respecter les règles de la démocratie est inhérente aux types de pouvoir en place. Les prétendues dérives ne sont qu’une stratégie aveugle de recyclage du vieux pouvoir anti démocratique et anti populaire qui se cache sous de nouveaux habits. Le refus de la démocratie est aussi un refus d’engager une réforme économique profonde à l’échelle nationale. Le Gouvernement Martelly-Lamothe est donc incapable de se réformer. Il est incapable de maintenir et/ou d’approfondir les orientations démocratiques. Il a contaminé par ses pratiques de corruption, d’autoritarisme, de personnalisation du pouvoir toutes les institutions nationales.
Les trois branches du pouvoir institutionnel s’accordent à perpétuer un statu quo inacceptable. Le pouvoir judiciaire, dont les plus hautes instances sont vassalisées par l’exécutif, est gangrené par la corruption, le manque de ressources et l’inefficacité. Ces tares affectent aussi le Parlement actuel, qui ne se démarque nullement des pratiques traditionnelles de pouvoir. Les conflits qui semblent opposer les pouvoirs exécutif et législatif ne servent, le plus souvent, qu’à masquer de vulgaires marchandages pour le contrôle et la dilapidation des ressources de l’Etat.

Face à cette situation, seules des élections générales anticipées, articulées à un projet de reconquête de la souveraineté nationale, de développement de la capacité de production et de redistribution des richesses, sont susceptibles d’initier un processus de changement profond et durable du jeu politique et d’imprimer de nouvelles orientations de politiques publiques.
Une mobilisation nationale est nécessaire pour transformer l’espace politique, sortir des choix imposés de l’international et retrouver l’autonomie nationale. Pour engager vraiment la rupture, cette mobilisation doit aboutir à :
5- Un mécanisme permettant d’amender en bonne et due forme la constitution de 1987 ou, à défaut, de retourner au statu quo ante. Le processus scandaleux d’amendement de la Constitution de 1987 a débouché sur une situation d’extrême confusion, rejetant au passage plusieurs avancées démocratiques garanties par ce texte et contribuant à un état d’incertitude et d’insécurité juridiques. Le rétablissement de la suprématie de la Loi-mère est la condition sine qua non du renforcement de la souveraineté nationale.
6- La réalisation d’élections générales anticipées. Le renouvellement du personnel et des mandats politiques est également une condition majeure à réaliser. Au préalable, il faudra engager un combat acharné en faveur d’un système électoral permettant véritablement l’expression de la souveraineté populaire.
AKAO croit fermement qu’on ne pourra sortir de la crise actuelle que par un agenda politique qui met en œuvre ces grands points. Dans sa Déclaration du 10 mars 2013, le parti s’est engagé à bâtir un programme de réforme institutionnelle, de réorientation économique et de recomposition sociale.
Le parti AKAO se propose donc de travailler à cette grande mobilisation des forces vives de la nation en s’attelant, avec d’autres partis de gauche, à la construction d’un front progressiste apte à se positionner en interlocuteur véritable par rapport aux groupes d’intérêts et proposer un projet d’intérêt collectif et de reconquête de la souveraineté nationale.

Port au Prince, le 2 janvier 2014

Dr Junot FELIX
Coordonnateur AKAO

VIV AKSYON POU KONSTWI YON AYITI OGANIZE